Une histoire de sexualisation et de “mauvais exemples”.

Alors alors… 

J’arrête pas de penser au clip de Nicki Minaj et à toutes les critiques que je peux lire dessus, qui sont des critiques de premier niveau - dans le sens où ça tourne toujours autour des mêmes choses : c’est vulgaire, et vraiment, dans quelle époque on vit, et quelle grosse trainée cette Nicki putain.

Alors je sais pas si c’est parce que j’ai le cerveau complètement cramé, mais moi j’y vois quelque chose d’extrêmement positif. C’est une petite révolution qui, sans trop dévier des codes actuels, cherche à inverser un peu la tendance et en faire quelque chose de plus intéressant.

Avant de développer, j’aimerais revenir sur un autre point qui commence légèrement à me les briser. J’arrête pas d’entendre les gens se plaindre de notre époque, des problèmes d’hypersexualisation, de chosification etc. et de s’inquiéter du sort des pauvres gamines qui grandissent en voyant Miley Cyrus agiter son minuscule cul dans un body en latex.

Mais je tiens quand même à rappeler que nous faisons partie de la génération qui s’est construite devant les Spice Girls en micro-micro-robes et Britney et Xtina en jeans supra-supra-taille basse, avec des foulards en guise de hauts et des looks à base de jambières-culotte et strings par-dessus le pantalon.

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Ça s’est offusqué à tout va quand RiRi s’est pointée en robe transparente alors que Rose McGowan avait été dix fois moins subtile en 1998. C’est pas pour autant qu’on a sombré dans la débauche la plus profonde (et quand bien même, je vois pas tellement le souci). Je trouve même qu’on a plutôt pas trop mal tourné.

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Bref.

Pour en revenir à Anaconda, il y a deux scènes importantes dont j’aimerais parler rapidement :

1. Nicki qui s’enfonce une banane au fond de la gorge avant de la découper en rondelles et de la balancer en prenant un air mi-dégoûté mi-amusé = voilà ce que j’en fais de ton symbole phallique omniprésent à la con.

2. La scène du lap dance sur un Drake emo complètement passif qui n’a pas de dialogue, pas de verse, pas de chorus, pas de choré, pas d’identité, qui n’est là que pour recevoir la danse de Nicki qui s’empresse de lui claquer la main quand il fait mine de vouloir tâter son boule avant de se barrer sans un regard en arrière. Drake n’est pas un anonyme, c’est un artiste mondialement (re)connu dont tout le monde connait l’existence et qui n’est ici qu’un simple accessoire. Il n’est pas là pour faire un featuring ou se faire astiquer la braguette par dix poupées conciliantes et muettes, c’est un élément du décor, et je trouve ça super cool.

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Donc ouais, au final Nicki montre son cul, montre sa raie, écarte les jambes, se traine par terre, passe beaucoup de temps à quatre pattes (et se fend d’un couplet sur les femmes minces qui me chiffonne pas mal, J’AVOUE) - mais elle le fait pour elle, parce que c’est ce qu’elle a envie de faire, que c’est elle qui pilote et qu’elle contrôle totalement son corps et son image. Elle n’est plus objet sexuel mais sujet sexuel.

Le fait qu’elle adopte une posture qui s’apparente à de la soumission sexuelle ne lui enlève en rien ce pouvoir. (Un jour je vous parlerai de ma théorie selon laquelle le vrai pouvoir sexuel réside dans la soumission absolue.) C’est elle qui pose les limites, c’est elle qui choisit ce qu’elle met en valeur, en spectacle, et c’est elle qui décide où et quand ça s’arrête.

De plus qu’on parle d’une artiste qui encourage constamment ses fans à rester à l’école, se construire une éducation (et donc des armes supplémentaires), soutenir les autres femmes au lieu de s’y opposer par principe, refuser tout manque de respect de la part de leurs partenaires et ne pas se laisser traiter comme de la merde par le premier débile venu et autres principes de base qu’on entend finalement pas si souvent dans le milieu. Qu’on aime ou non sa musique n’a pas grand chose à foutre dans le débat, pour le coup. Mais qu’on vienne pas me dire qu’elle pourrit la tête de ses fans et qu’elle offre un bien piètre modèle à celles qui l’idolâtrent. Je ne dis pas qu’elle est irréprochable hein, mais putain, y a TELLEMENT pire.

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Et globalement, tous ces débats sur les « mauvais » modèles que représentent toutes ces artistes me pètent les reins. D’un point de vue purement personnel et pas tellement objectif, hein, je l’admets totalement - mais tout simplement parce que, que ce soit Miley, Nicki, Beyoncé, Rihanna, Kesha ou leurs autres camarades, elles m’apportent toutes quelque chose.

Ça veut pas dire qu’elle me donnent toutes envie de me déplacer uniquement à quatre pattes avec la raie à l’air en me léchant les lèvres et en pulvérisant mes phéromones à tous les coins de rue, mais je tire toujours quelque chose de positif de leurs chansons, leurs clips, leurs prestations, leurs interventions diverses.

Elles me donnent toutes envie de prendre le contrôle de mon corps et de ma vie, de prendre soin de moi, de me célébrer, de danser jusqu’au bout de la nuit, de me prendre pour une diva, une princesse, une reine, une strip-teaseuse, de me faire tatouer “Head Bitch In Charge” sur le front. Et évidemment, la vie que je mène m’empêche d’aller au bout du délire mais c’est l’état d’esprit qui compte avant tout et ces femmes me donnent chaque jour un peu plus de force et de courage et me rendent fière et déterminée.

Quand je suis seule dans ma chambre, pas lavée, en pyjama Tortues Ninja, avec les cheveux gras et emmêlés, il suffit que je balance une de leurs chansons et je me met à tortiller du cul et à me sentir sexy alors que j’en suis vraaaiment loin. Parce qu’elles arrivent à me faire croire que je suis capable de tout, que j’ai le monde à mes pieds, qu’il n’attend que moi, et que je fais partie d’une armée d’amazones invincibles et féroces.

Tout ça parce que j’ai dansé sur de la pop sucrée qui parle de frotter son cul sur des mecs et d’être la plus bonne sur le dancefloor avant de finir avec la gueule sur le carrelage et du vomi dans les cheveux.

Alors bien sûr, elles bossent en collaboration avec toutes mes autres “idoles”, toutes mes inspirations littéraires et cinématographiques et historiques, et elles ne sont pas les seules responsables de cet état d’esprit mais parce qu’elles y contribuent souvent, je suis obligée de le reconnaître et de l’assumer.

Et si je passe toujours par une phase de “pfff, elles sont tellement plus belles que moi et moi j’suis molle et moche et gngngn”, elles arrivent assez rapidement à me convaincre du contraire et à me regarder avec un peu plus d’amour (et à me bouger un peu le derche pour sublimer ce que j’ai déjà).

Elles m’offrent des petits shots de confiance en moi qui viennent s’inscrire dans une construction et une alimentation de mon esprit plus globales, de quoi m’aider à tenir le coup, de quoi me pousser à me tenir droite et à relever la tête le temps de retrouver le courage de m’attaquer aux choses sérieuses - et pour ça, j’ai plus envie de les remercier que de leur cracher à la gueule en les suppliant de se rhabiller.

Pardon, c’était long. 

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